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10 octobre 2008

L'accession au trône de BIDJOCKA BI TUM

Photo 1 : Bidjocka bi tum lors de son commandement à la tête du canton Ndog-bessol en 1938. Source : Archives familiales Bidjocka, Yaoundé
L’histoire épique de Sa majesté royale BIDJOCKA BI TUM, Premier Chef Supérieur Bassa Bati Mpoo.

(Extrait de NGO MBENDA FRIDA : « Les Ndog-bessol : De la veille de l’institution coloniale de la chefferie à la naissance du canton (1911-1938) » mémoire de DIPES II, Yaoundé, 2000).

b) BIDJOCKA BI TUM à l’avant-garde de la chefferie traditionnelle Ndog-bessol : sa filiation et les circonstances de son choix

b.1- La filiation
Bidjocka bi tum né à Bidjocka[1] était le fils de Tum Makang ma tum Liboma et de Ngo Matet ma Mbong Mbella Bitong de la tribu Ndog-Keng. Il sera difficile de donner son âge mais on sait que lors de la présence Allemande dans la région, c’était déjà un jeune homme.[2] Il faut aussi dire que issu d’une famille nombreuse, il n’était ni l’unique enfant, ni le plus âgé. Parmi ses frères on peut citer : Njen Tum,Gwet bi tum, Ndenga tum, Likon litum, bikim tum, bodog tum.[3]
Son éducation était riche des valeurs et coutumes locales n’ayant pas fait l’expérience de l’école occidentale à cette époque ; ceci dit « le jeune Bidjocka bi tum s’était attaché à son père comme une ombre. Le père Tum Makang n’entendait se déplacer qu’en compagnie de cet enfant. Ce patriarche se déplaçait effectivement pour les réunions du pays. Celles-ci étaient régulières dans tous les coins et surtout au village de Song Yayi qui fut à l’époque le principal foyer Elog-mpo’o à Edéa […]. Les ordres du commandant à Edéa arrivaient chaque fois chez le patriarche Song Yayi qui les diffusait dans tout le haut pays. »[4]. Ceci traduit le fait que, ce futur chef était assez avisé sur les rouages de la culture locale. Pouvons nous dire à partir de là que cet état de choses le prédisposait déjà à être chef ?

b.2- Les circonstances de son choix

« Bidjocka bi tum, fils de tum Makang était le premier grand chef, chef supérieur des bassa et bakoko au temps des Blancs » affirmait un informateur[5]
En effet, après l’échec des chefferies dites de famille, le dignitaire Mbome Pep promut au futur poste de chef supérieur par les Allemands avait disparu on ne sait trop comment de la pirogue qui lui faisait traverser la Sanaga pour son départ en Allemagne. Dès lors l’administration entrepris de chercher un autre chef au sein de la subdivision d’Edéa. Sur ce propos, vers 1907 une dépêche fut envoyée à Yadie par le commandant d’Edéa ; Bidjocka bi tum accompagna encore son père pour en prendre connaissance. A cet effet, « les gens montaient de Yakalak-Yasoo, Yambong et Badjob. Le chef Blanc sera présent et sera interprété par Mintumba Njanjee, fils de Njanjee, l’un des patriarches de la côte qui s’opposait à la pénétration étrangère. »

Il ressort de ceci que ce jour, le capitaine Wehlan, au nom du Gouvernement impérial donna le triste récit de la disparition de Mbome Pep en précisant que les Elog Mpoo étaient bâtis sur une coutume et une tradition que eux les Blancs ne voulaient pas violer, mais plutôt renfoncer. C’est pourquoi le Gouverneur Puttkamer (avant son remplacement en mai 1902) l’envoyait prévenir Song Yayi qu’il viendrait l’ériger au rang suprême en remplacement du disparu ; et que si Song Yayi s’estimait trop vieux et incapable de supporter cette charge, qu’il s’entende avec son peuple pour présenter un de ses fils ou quelqu’un d’autre du pays.[6]

Après le départ du capitaine pour Edéa, il fallut tenir une réunion la nuit suivante. N’ayant pas compris exactement les termes de la déclaration, Song Yayi se le fit répéter par Mintoumba Njanjee en ces termes : « Seigneur, le Blanc a dit que depuis la mort de notre frère Mbome Pep, tu passes pour le plus puissant de notre pays. Ce n’est pas seulement nous qui le connaissons, mais eux les Blancs aussi. C’est pourquoi le Gouvernement Von Puttkamer viendra ici pour te placer au faîte du pays (en d’autre terme introniser roi). Il te donnera tout ce qu’on donne à un Von plus le bâton de commandement comme ils ont fait au Von Duala Manga Bell. Mais si tu refuses, c’est toi qui choisira parmi tes enfants dans le reste du pays celui qui deviendra Von.

Oh s’écria le patriarche, mon malheur est grand ! Que les dieux de nos pères me traitent dans toute la rigueur. Après avoir tué celui que nous respections, c’est moi que ces fantômes cherchent maintenant. Non je ne veux pas. Le peuple est souverain, cherchez dans tout le pays des gens d’où qu’ils viennent pour être présentés au Gouverneur ; lui-même saura qui il voudra. »[7] Cette réaction marque quelque peu la réticence qu’avaient nos ancêtres et surtout dignitaires, par rapport à l’homme Blanc car ils représentaient sans nul doute pour eux un danger. Ainsi, suite au refus du plus respecté, le peuple proposa :

- Mintoumba Njanjee de (Yakalak)
- Ngwang Mongo de Yamoongo (Ndog-Moongo)
- Bidjocka bi Tum de Yabisso (Ndog-bisso)[8]
Mais de ces trois candidats un seul fut retenu, notamment Bidjocka bi Tum.

c- Son investiture
Elle se fit quelques années plus tard par l’administration coloniale ; mais avant ce moment, les ressortissants Ndog-bessol de la future subdivision d’Edéa s’activaient pour avoir un certain contrôle de la situation, ainsi nous pouvons dire que son couronnement respecta deux étapes.

c.1- La consultation de l’oracle (Ngambi)
Dès son retour du village de Song Yayi, le père Tum Makang dépêcha des émissaires avec le nœud traditionnel « Mbang » chez certains dignitaires proches, afin de leur donner le récit de la rencontre entre le commandant et le peuple. Assistaient ce jour là, entre autres :

Bahabege Essounga de Maèn
Seg Mbô de Maén
Mbudy Lamal de Yambong
Mandeng Sogmem de Badjob
Bassogog Bassogog de Yabii
Nsas Lipenda de log pagal
Eaog miss de Ndog Nkeng[9]

Tum Makang fit donc tout le récit à ses congénères non sans une certaine angoisse et les dignitaires présents furent informés de la mort du grand dignitaire Elog-Mpoo et de la candidature de leur fils Bidjocka bi Tum pressenti pour le remplacer.

C’est ainsi que, comme la coutume l’exigeait à l’époque, face à tout grand évènement, il fallait consulter les oracles,[10] ce qui fut fait séance tenante. Le pratiquant du Ngambi ce jour là était Nyeg Bissu’u ; les questions suivantes furent posées et leurs réponses :[11]

Questions
Réponses
1) D’où sortira le roi ? Yakalak, Yabii, Yamoongo, Yabisso’o ?
Yabiso’o
2) Le roi sera-t-il jeune ou vieux ?
Jeune
3) Sera-t-il le fils de Tum Makang ? ou un autre ?
Tum Makang
4) Restera-t-il longtemps ou sera-t-il tué comme Mbome Pep ?
Ne sera pas tué mais sera traduit par son peuple
Ne peut-on pas désigner un autre jeune ?
Non les Blancs insisteront sur le fils de Tum Makang.

c.2- L’intronisation
Le 08 janvier 1911 était le rendez-vous. Au lieu du Gouverneur Von Puttkamer, c’est l’officier Wehlan qui revint accompagné du chef de police Zenker et du chef de patrouille Kuntz et les interventions se firent comme suit :

· Chancelier Wehlan : Dignitaires et notables ! J’étais dans ce village vous donnez la nouvelle de la mort de votre dignitaire plénipotentiaire Mbome Pep, nous voulions l’amener chez nous, mais en cours de route, il est sortit du bateau et tombé à l’eau. Nous avons placé à cet endroit un poteau flottant lumineux dans la mer que vos enfants et les enfants de vos enfants iront voir pour se rappeler de l’évènement et dans son village Pongo nous avons érigé un monument lumineux en sa mémoire. Nous savons combien cette disparition vous tient à cœur ; mais vous n’êtes pas les seuls. C’est pourquoi le Gouverneur Von Puttkamer m’a envoyé vers vous pour vous dire qu’il veut compenser cette perte par la désignation d’un de vos dignitaires comme Von (roi) dans votre pays à l’instar de Bell, Dika Akwa, chez les Duala.[12]


Plus loin, le chancelier aurait continué en ces termes : « le Gouverneur Von Puttkamer n’est pas avec nous aujourd’hui. Il est en congé et de retour il ira à Buéa[13] et c’est le Gouverneur Ebermayer qui sera désormais à Duala, mais la date d’aujourd’hui avait été fixée avant le départ de congé de Von Puttkamer, je suis donc venu régler cette affaire au nom du Gouverneur. »[14]

· Le dignitaire Song Yayi : Commandant, après votre départ le pays entier a tenu une assise ici au cours de laquelle j’ai décliné l’offre que vous m’avez proposée. Mon peuple m’a habitué à venir ici me consulter pour plusieurs sujets ; et si je deviens suprême maintenant, je serai soumis à beaucoup de déplacements dans tous les coins du pays ; ce que mon âge ne me permet plus. Mais le peuple sous son arbitrage a pu sélectionner trois jeunes hommes.


Il s’agit de :
- Mimtoumba Njanjee, fils du dignitaire Njanjee à Yakalak
- Ngwang Moongo de Ndogmoongo
- Bidjocka bi-tum, fils du patriarche Tum Makang à Yabisso.
Après une brève concertation à huit clos, la séance se poursuivit.

· Le chancelier Wehlan : Nous avons vu les trois prétendants que le dignitaire Song Yayi nous a présenté. Les deux premiers sont suffisamment connus.
Mintoumba est le fils du dignitaire Njanjee qui nous a causé des misères en tuant nos envoyés sur les chaloupes en 1895, nous ne pouvons plus accepter de faire de son fils le roi de ce vaste pays

Le deuxième, Ngwang Moongo est un trafiquant. Il y a longtemps que nous l’avons agréé pour nous aider à la pacification du pays ; nous lui donnons du sel, des étoffes, des conserves, des stockfish pour venir vous les distribuer gratuitement au lieu de cela, il vient vous les vendre et encaisse les réserves. C’est vous dire qu’il a un procès sur le dos et doit comparaître au tribunal pour haute trahison. Pour aujourd’hui, il n’a pas de place ici.

Mais dites moi, qui est ce jeune homme dont je n’ai jamais entendu parler ?

· Le dignitaire Yomba Pep : Commandant, notre peuple est vaste. C’est le même peuple qui part des rive de la Dibamba jusqu’aux frontières avec les Yahionde. Depuis que nos dignitaires Toko Ngango et Njanjee sont morts, les gens du côté de la Dibamba sont restés sous le royaume de Von Bell.

Mon frère Mbome Pep est resté maître du pays ; comme il est mort aussi pour le remplacer nous avons pris ces trois jeunes gens : deux de la basse Sanaga et l’autre du Haut pays pour faire l’équilibre. Les deux que vous venez de refuser sont de la basse Sanaga. Il ne reste plus que le troisième qui sort du haut pays.[15]

· Le dignitaire Song Yayi: […] les deux premiers présentés n’ont pas eu de chance. Mais Bidjocka bi tum, fils du patriarche tum Makang de la famille Ndog-Keng de la tribu des Yabisso’o a coutume d’accompagner son père dans les cérémonies traditionnelles du peuple et dans les rencontres comme celle d’aujourd’hui. Il est parfaitement au courant des rites des Elog-Mpoo et à force de descendre à Yadie, il parle correctement Allemand maintenant, dites-nous seulement votre point de vue.

Ceci dit, le Chef de police Zenker prit la parole et dit : « vous ne remarquez pas que ce jeune homme est d’une beauté angélique, sa taille se rapproche de celle de Von Manga Bell. Impressionnant, il a un regard perçant et paraît intelligent pour pouvoir dominer les gens. Même en Allemagne, il est rare de rencontrer des gens aussi beau que Bidjocka. A mon avis, il est tout indiqué pour ce commandement. Sur ce, le chancelier Wehlan se leva et prit Bidjocka par la main, le monta sur un tabouret au milieu de la cour déclara : « au nom du Gouvernement impérial d’Allemagne et sur ordre de Von Puttkamer, Gouverneur impérial à Kemerun, j’institue ce jour pour régner sur ce pays le jeune Bidjocka tum, fils de tum Makang et de Ngo Matet ma Mbong. Il incarne autorité aux yeux des populations et la tradition aux yeux du Gouvernement impérial d’Allemagne tout le pays lui doit désormais respect et obéissance.»[16] Après ce jour, il fut intronisé solennellement en mai 1911 par le Gouverneur Ebermayer, en présence de Kaiserliche Bezirksamtsmann (chef de circonscription) et ladite cérémonie consistait à la remise d’effets. Il lui fut remis.

- 1 bâton de commandement peint aux couleurs nationales Allemandes
- 1 casque, genre marin
- 5 tenues Khaki composées de chemises et pantalons aux jambes effilées
- Des paires de guêtres montant jusqu’aux genoux
- Un portrait de l’empereur d’Allemagne
- Un livret[17]


Le Gouverneur conclut en ces termes : « dès aujourd’hui tu es roi de ce pays aux yeux des représentants de l’empire Allemand » le pays en question s’étendait de l’embouchure de la Sanaga et du Nyong jusqu’aux frontières béti et de Somo jusqu’à la limite Batanga. En d’autres termes : il fut institué grand chef de Mpoo bassa et bati ;[18] issu de la grande famille Yabisso’o (Ndog-bessol) ce choix représentait quelque peu une sorte de triomphe et de fierté pour ceux du « haut pays. » A compter de ce jour quelle fut la suite des évènements ? Mieux encore comment allait-il gérer cette autorité ?

[1] Village initialement appelé Sendé.
[2] E. Bidjocka, ibid.
[3] ANY 3 AC 1675. Ndog-bessol (Cameroun), chefferie supérieure, lettre de candidature D. Bidjocka adressé au Directeur des Affaires Politiques d u Cameroun le 3 octobre, 1951.
[4] Arch. Familiale sur la chefferie supéprieure Bidjocka, « Bidjocka bi tum, premier roi des Mpoo-bassa, bati », par Bidjocka Albert, chef traditionnel, p.3.
[5] E. Pala, planteur, 67 ans, Sodibanga, le 04 03 2006.
[6] Arch. Familiales, ibid, p.3
[7] ibid, p.4
[8] E. Bidjocka, ibid.
[9] Arch. Familiale, ibid.
[10] Hagbe Djongi, ibid.
[11] Arch. Familiale, ibid, p.5.
[12] Arch familiale, ibid, p. 5.
[13] Le congé évoqué serait plutôt la destitution de Von Puttkamer en 1907 qui lui a valu son remplacement par Theodor Seitz, Gleim (1910) et Ebermeir (1912) les villes de Duala et Buea évoquées ici sont justifiées par le fait qu’il y a eu trois capitales successives ; Duala (1885-1910) Buea (1901-1909) et Yaoundé.
[14] Arch. Familiale, ibid, p .5
[15] Arch Familiale, p. 6.
[16] Arch. Familiale, ibid. p .7.
[17] Livret qui contenait des informations telles que le nom du chef et la distance séparant son village de la station administrative la plus proche.
[18] Hagbe Djongi, ibid.