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4 octobre 2015

NE M'APPELEZ PLUS BIDJOCKA!

Le 22 novembre 2011, Bertrand BIDJOCKA (fils de feu Marc BIDJOCKA) s'est éteint à Paris , dans l'anonymat . Il est enterré le 29 décembre 2011 par l'association les Captifs, en attendant que sa famille vienne le réclamer avant le délai légal de cinq ans après lequel il sera incinéré. Sur l'affiche qui lui rend hommage est inscrit le nom de MIDJOKA, le surnom par lequel on l'appelait. Après plusieurs années de recherche,l'information a été connue et la famille la plus autorisée envisage de rapatrier la dépouille. La famille BIDJOCKA est endeuillée et comme par le passé, elle est appelée à se mobiliser pour un rendre digne hommage à notre frère et lui permettre de retrouver ce noble nom de BIDJOCKA. En d'autre termes, il faut ramener le Soldat Bidjocka Bertrand, tombé au front, il avait 46 ans.    


Le poème publié ci-dessous est un message post mortem de notre regretté Bertrand, une bouteille jetée à la mer dont nous avons extrait le contenu pour le partager avec vous.

A tous les miens!

Ne m'appelez plus BIDJOCKA Bi TOUM, 
Ne prononcez plus ce nom devant moi, 
C'est le nom que mon défunt Père  m'a donné, 
c'est le nom que portait son père à lui, 

Je ne peux plus supporter de porter ce nom
Le nom d'un si illustre personnage,
Cet aïeul que mon père affectionnait tant
Ce Grand Chef dont il se montrait si fier

Si fier aussi de son village qui portait son nom
Ce village qui l'a vu naître et qu'il aimait tant
Cette terre à laquelle il était  attaché et où je suis né
Y ayant spécialement dépêché ma mère depuis Paris 

Car il ne concevait pas qu'un prince naisse hors de son terre 
Me voici errant dans les rues, sans domicile fixe,
Comme un navire sans gouvernail perdu dans l'océan
Sans repère, sans attaches et sans destination

Tous les attentes placées en moi sont évaporées
Pourtant on me disait intelligent, plutôt brillant
Diplômé de Sciences Po l'avenir m'ouvrait ses portes
Et puis tout à coup patatras, l'horizon s'est assombri 

Le ciel sur ma tête s'est effondré en sourdine
Du fond de la détresse j'ai cherché des frères
Mais la famille n'était plus celle de mon enfance
Le berger frappé, les brebis se sont dispersées


Des logiques incompréhensibles avaient émergées
Du coup les choses se sont mélangées dans ma tête
Je ne comprenais plus rien de ce monde de vanités
Le blanc du noir, le bon du mauvais, le beau du laid
Tout n'était plus que vanité et poursuite du vent


Alors j'ai tout quitté de mon passé et de mes amours
A la recherche du pays de mes rêves d'enfants
Du pays merveilleux du temps de mon père
De coin de paradis dans lequel repose son corps

Et j'ai commencé à marcher seul sur la route
A la recherche d'une illumination soudaine
Pour redonner du sens à ma drôle de vie
Je l'ai cherché à travers le regard d'inconnus

Alors ils m'ont demandé mon nom
Bertrand! Bertrand Qui? l'Africain?
J'ai voulu dire Bidjocka et j'ai pensé à Papa
Un Bidjocka c'est un noble, pas un SDF

Alors j'ai dit appelez moi MIDJOKA
Mi comme mijoter, mi comme méditation  
Et mon cœur n'a pas pas supporté ce fardeau
Il a lâché ce mardi 22 novembre 2011
Sur ce quai de la station Daumesnil à Paris

                                                   
Les pompiers sont arrivés trop tard pour me sauver
La RATP, les passants ont cru que j'étais drogué 
Ils m'ont transporté à l’hôpital puis mis au placard
Attendant que quelqu'un viennent me réclamer

Mais personne des miens ne savait où j'étais
Alors les CAPTIFS m'ont enterré à leur façon
Sur mon affiche ils ont mis Bertrand MIDJOKA
Comme cela je ne salissais pas le nom de mon Père

Trois années plus tard on a enfin retrouvé ma trace
Mais déjà j'avais retrouvé mon père dans l'au delà
Et il m'a dit ta place avec moi dans ton village 
Alors seulement tu pourras reporter ton nom


Ramenez moi s'il vous plait dans sur ma terre natale
Et y être enterré comme tout noble africain
Et que ces obsèques soient l'occasion de réconciliation
Car j'ai compris qu'un royaume divisé ne peut subsister

Quelques uns d'entre vous m'ont bien connu
Et pour les autres ce sera l'occasion de le faire
Ma dernière volonté, revenir chez moi
Afin les larmes de maman puisse se libérer 
Et qu'elle retrouve la paix par la grâce de Dieu

             




                                                   



 Il importe de signaler que Bertrand était très certainement un des esprits les plus brillants de sa générations, admis à Paris dans la prestigieuse école de Sciences po d'où sort l'essentiel de l'élite qui dirige la France. Il y a soutenu en 1991 un mémoire de DEA en démographie intitulé La perspective non-gouvernementale pour améliorer les politiques de population en Afrique sub-saharienne". Ensuite il est tombé malade et sa vie a basculé jusqu'à ce qu'il se retrouve sans domicile fixe pendant les six mois qui ont précédé sa mort.






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