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10 octobre 2008

Le règne de Von BIDJOCKA BI TUM sous le 2ème reich

Le chef Supérieur BIDJOCKA et ses collaborateurs.
3- Le rôle de Bidjocka bi Tum et son départ d’exil
En tant que grand chef, l’existence de Bidjocka bi tum et par ricochet du peuple qui lui était dorénavant soumis ne connurent plus la même consistance.

a) Ses attributions
« L’administration Allemande s’appuyait sur les services des autorités traditionnelles locales afin de faciliter sa tâche dans l’administration des indigènes d’autant plus que le Reich ne tenait pas à s’engager dans de nombreuses dépenses. »[1] Ceci dit, le Chef apparaît comme un collaborateur de l’administration, un médiateur entre l’administrateur et la population et ce, d’autant plus qu’à leur arrivée dans la région, les Ndog-bessol évitaient tout contact direct avec les Blancs qu’ils considéraient comme des hommes « Mbéi » ou albinos. Dans cette optique, Bidjocka bi tum se révéla être un parfait collaborateur de l’administration dont il garantissait les intérêts dans sa zone d’influence.[2]
Pour ce faire, le grand chef s’entoura d’une équipe de notables pour mieux administrer sa population, en fait chaque chef avait sous ses ordres un nombre variable de sous chefs et de notables qui le représentaient dans toute l’étendue de sa royauté et se partageaient son pouvoir.[3]
Il transmettait ainsi les ordres venus du Gouvernement tout en veillant à leur exécution et pour se faire obéir, il s’appuyait sur la police coloniale; car « les chefs administratifs ne doivent leur autorité qu’à l’appui que leur procure le pouvoir colonial, cet appui révocable étant proportionnel à leur docilité. »[4]
En outre, il était chargé de ‘’recruter’’ les porteurs pour les caravanes consacrant la tournée des Blancs et le transport des marchandises. En tant que chef, il devait aussi veiller à l’entretien des pistes, la réquisition des indigènes pour les travaux publics et privés et en ce sens, les informateurs révèlent que, Bidjocka bi tum avait effectivement envoyé beaucoup d’hommes dans les dures travaux de construction du chemin de fer du centre devant relier Douala au Tchad en passant par Yaoundé. C’est pourquoi en signe de reconnaissance pour son dynamisme et sa contribution, le Gouverneur impérial d’Allemagne, à travers ses représentants locaux décida de porter son nom au fronton de la toute première gare de son village. Depuis ce temps, la gare porta le nom du village « Bidjocka. » Mais depuis 1983, la gare porte plutôt le nom de « Hikoa Malep », on ne sait trop pourquoi.[5]
Son rôle était aussi celui de la collecte des impôts servant à l’entretien de la colonie ces taxes d’ailleurs déplaisaient grandement à la population locale. Par ailleurs, il avait l’autorisation selon le droit coutumier de rendre justice, toutefois ses pouvoirs judiciaires se limitaient exclusivement aux affaires indigènes. En ce sens, ‘’les chefs jugeaient les affaires civiles dont les criminelles dont la peine n’excédait pas 100 mark et les affaires criminelles dont la peine n’excédait pas 300 mark ou si mois d’emprisonnement’’.[6]
Dans l’exercice de ses fonctions, Bidjocka bi tum faisait constamment des tournées dans tous les coins de son aire de commandement pour s’assurer de la normalité des choses et s’informer des irrégularités éventuelles dans la vie quotidienne du peuple sous protectorat.
L’appréciation de ses congénères sera mitigée car au départ, les Ndog-bessol du moment que le Blanc restait à l’écart de leur cercle d’évolution ne se sentaient aucunement offusqués par leur présence ; mais dès lors que le nouveau chef commença à leur exiger des devoirs en déphasage avec leurs us et coutumes, la réaction ne se fit pas attendre, réaction qui valut sa révocation au roi des bassa, mpoo et bati.[7]

b- Le départ d’exil
D’aucun affirment sans trop de précisions cependant que, la réaction des Ndog-bessol face au fonctionnement administratif se traduisit par ‘’Likan li Njée Gwat’’, sorte de fétiche où l’homme se métamorphosait en panthère pour semer la discorde[8] tant du côté de la population locale que de celui des Blancs ; pour d’autres cette magie n’était pas une réaction contre l’envahisseur, mais juste une fois de plus la manifestation de la méchanceté de l’homme noir à l’égard de son frère.[9]
En effet, ces panthères aux dires des informateurs et précisément quelques saisons après la venue des Allemands, s’employaient à tuer les Ndog-bessol et surtout ceux qui se rapprochaient un peut trop des colons ; des plaintes naquirent auprès de l’administration pendant que d’autres optèrent pour la fuite car au fil des jours, les choses s’empiraient ; on fuyait l’espace qui constitue aujourd’hui le canton Ndog-bessol pour aller se réfugier dans des villages voisins tels Makondo, Bitoutouk.[10] De même à cause du ressentiment qui était né chez la population envers le nouveau chef, il fut accusé d’appartenir à ce cercle d’hommes panthères. Mais face aux autorités coloniales, il niait les faits disant que c’était un non sens que de croire aux fétiches et il prit comme référence la parole d’évangile[11] étant déjà devenu un fervent chrétien. En tant que chef, il lui fut demandé de gérer la situation et vérifier la véracité ou non du phénomène, afin que tout coupable fut pendu.
Cependant, la tuerie se poursuivit et un jour lors d’une tournée d’un major Allemand dont le nom ne fut pas précisé, les indigènes apportèrent le corps d’une jeune femme qu’on disait entretenir des relations avec un colon, déchiqueté par une panthère disait-on, le grand chef fut confondu et ayant préalablement dénié l’existence d’une telle pratique, l’administration Allemande très pointilleuse à l’époque le jugea à la cours de district de Douala où il fut condamné à la pendaison pour complicité.[12] Mais entant que fervent chrétien, les missionnaires de l’époque qui exerçaient à la mission protestante de Sendé Bidjocka, le soutinrent en affirmant que cet homme à la conduite exemplaire ne devait pas être pendu. Il obtint gain de cause et ne pouvant pas le garder au village ni sur son trône, on décida de l’exiler.
En effet, il fut condamné à l’exil à Sangmelima ; il fit d’abord escale à Lolodorf[13] avec sa cours, une de ses femmes et enfant. Par la suite ils se rendirent à Sangmelima par pirogue. La date exacte de son départ reste un mystère, même la durée de son exil. Mais les Ndog-bessol affirment qu’aucun délai ne lui fut donné ou plutôt on lui remit six noix de coco sèches qu’il devait planter à Sangmelima, et lorsque ces noix auraient mûries et séchées, son exil serait fini. Il fit là-bas 12 ans, affirment le chef Hagbe Ndjongi, ce qui semble illogique quand on sait que dès 1916 on le retrouvera au service de l’administration coloniale française.[14] Pour le planteur E. Pala, il ne dura pas car le sol et le climat favorables permirent aux noix de vite croître. La deuxième hypothèse de la durée réduite semble logique ; car si on se réfère à sa date d’intronisation qui se situe autour des années 1912 et la date de départ des Allemands, notamment 1916, on conclue qu’il n’y avait pas duré. Peut être la désorganisation née du premier conflit mondial avait-elle facilité son retour prématuré ?
Il faut dire que suite au départ de BIDJOCKA pour Sangmelima, son règne à coup sûr connut des retouches et son territoire de commandement fut morcelé. De là naquirent d’autres chefs à l’instar de :
- Nyoungo Toko (de Yakalak à Yadie)
- Nkan Dissuke (de Yadie à la limite Batanga)
- Baleba ba Bimaï (de Yadie à la limite de Somo)
- De Yadie à la limite des Beti c’est-à-dire zone englobant le village de résidence du chef déchu à savoir BIDJOCKA, cette partie fut administrée par les Allemands eux-mêmes.
Cependant, la vacance du trône ne s’éternisa pas car à partir des bouleversements qu’entraîna la guerre, BIDJOCKA revalorisa son autorité.

[1] V.J. Ngoh, Cameroun, 1884-1985 cent ans d’Histoire, Yaoundé, Ceper, 1990, p. 37.
[2] Hagbe Djongi, ibid.
[3] Maraball, ibid. p 150.
[4] Ch. Samtoir et A. Bopda, Atlas régional, ibid, p.5.
[5] A. MINAT, lettre du 04 04 1994 adressée au Président de la République par la famille Bidjocka pour la restitution des chefferies du 1er et 2e degré, p.2.
[6] V.J.Ngoh, Cameroun…, p. 40.
[7] M. Ndjab, chef de canton Ndog-bessol, 56 ans, Eséka, le 10 août 2006.
[8] E. Bidjocka, ibid.
[9] Mis ma Ngué, ibid.
[10] Hagbe Djongi, ibid.
[11] E. Bidjocka.
[12] Hagbe Djongi, ibid.
[13] On affirme qu’il existe un village dans ce lieu au nom de Bidjoucka, nom donné en mémoire de son séjour là-bas.
[14] A.MINAT.APA dossier n°2070 Eséka, lettre adressée au chef de région de la Sanaga Maritime par Bikim Thoum et transmise par Bernier, chef de subdivision d’Eséka, 1939.

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